Rencontre

Sjoerd Wartena

vendredi 26 mars 2010

Sjoerd Wartena est Hollandais d’origine. installé en France depuis 68, il est à l’initiative de "Terre de liens".

Qu’est-ce qui vous a motivé à fonder Terre de Liens ?
L’histoire de Terre de Liens est un peu liée à la mienne… C’est celle d’un citadin habitant Amsterdam qui, dans la folie des années 68, a pris la décision d’un retour à la nature, sans trop bien savoir ce que cela impliquait. J’ai fini par atterrir dans l’arrière-pays drômois, au sein d’un petit village perdu habité par six anciens qui finissaient leurs jours. Leurs enfants étaient partis, ce dont ils étaient fiers, car ils avaient eu le sentiment de vivre une vie misérable.
En arrivant là, j’ai réalisé que ces personnes étaient porteuses d’une culture millénaire patiemment enrichie par chaque génération. Ils étaient contents et heureux de nous voir arriver, même si on représentait de manière presque caricaturale la contre-culture venant côtoyer des milieux où l’on parlait encore le patois… Ils nous ont légué leur manière de travailler, leur connaissance de la nature, de la terre, leur capacité à savoir tout faire. On en fut fasciné. C’est certainement à ce moment que j’ai pris la décision inconsciente de ne pas laisser cette culture se perdre.
Comment a évolué ce village, après votre arrivée ?
Nous avons fini par y être les seuls agriculteurs… Mais on a par la suite donné la possibilité à d’autres de s’installer, et il y a aujourd’hui quatre fermes très diversifiées à proximité. 34 personnes vivent actuellement dans le village. Ce petit succès local m’a donné l’idée et l’envie d’élargir l’aide à l’installation à toute la France. La moitié du territoire est en effet constituée de terres montagneuses ou vallonnées dont les meilleures parcelles finissent par être regroupées en de grosses exploitations, les autres donnant place à des résidences secondaires ou forêts. Ce n’est pas la bonne solution !

Est-il encore temps de préserver le patrimoine rural et l’agriculture paysanne ?
Nous avons encore une occasion de le faire, en France tout au moins. Mais avec quels moyens des gens qui souhaiteraient venir à la terre pour y cultiver pourraient-ils s’installer ? J’ai pour ma part eu la chance d’avoir un héritage qui m’a permis cela, mais celui qui n’a pas d’argent aura beaucoup de difficultés pour y parvenir, particulièrement dans un système politique comme celui de la France où l’objectif est clairement de développer une agriculture « moderne » quasi industrielle qui tourne le dos au passé.

Vous proposez donc d’aider à réhabiliter ces fermes. Leur existence est-elle compatible avec l’époque ?
Oui, il faut garder ces petites fermes multifonctionnelles, qui outre le fait d’embellir le territoire et de préserver une vieille culture permettent de produire des denrées diversifiées pour les marchés locaux, en respectant les terres, lorsqu’elles sont en bio. Elles permettent aussi de créer des emplois et d’éviter la désertification, en lieu et place d’une situation comme celle du Lubéron aujourd’hui, où l’on trouve des restaurants chics et de belles villas riches dans les villages, mais plus de fermes. Il est encore temps d’éviter cela dans le Massif Central, la Drôme, l’Alsace, le Nord, les Pyrénées…

Source : Sat’Info.
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